— Dis, c’est quoi la lisibilité ?

Dis, c’est quoi la lisibilité ?

Par Roger Bodin*

J’essaie de lire encore : des livres, des journaux et des textes sur l’écran…
Je sais que ma vue n’est plus ce qu’elle était mais, tout de même, je me pose des questions sur la formation suivie par des gens chargés de la présentation des textes. Il existe des règles inspirées par le bon sens, à croire qu’elles sont très peu enseignées ou que les élèves ont « séché » des cours.

Essayons de passer en revue tout ce qui intervient pour une bonne lecture : le support, la couleur, le corps, la police de caractère (le dessin de ce dernier est important), la graisse, l’interlignage, l’espacement, les empattements, le sujet traité, le public visé…

L’œil doit pouvoir saisir le plus possible d’images, celles-ci seront plus faciles à comprendre si le problème de la lisibilité est bien pris en compte, il ne semble pas que cela soit la préoccupation première de certains directeurs artistiques… Que dire de légendes composées en corps 5, voire 4, de caractères bâtons très maigres et de petite taille, de textes en blanc sur fond jaune et des foliotages fantaisistes ?… Les publicitaires utilisent beaucoup plus les règles, ils ont intérêt à s’y tenir. Je constate aussi qu’un travail sérieux est réalisé dans beaucoup de publications, en revanche les textes lisibles sont assez rares sur nos écrans de télévision. Que des gens qui se font payer confortablement fassent des erreurs, qui étaient faites par les apprentis typographes d’antan, me choque je revendique d’ailleurs faire partie de ces dinosaures.

Nous n’étions pas des artistes, c’est vrai qu’à l’époque nous travaillions avec des matériels moins souples qu’aujourd’hui. Cela ne nous empêchait pas d’essayer de réaliser des maquettes et, surtout, on nous faisait rabâcher des règles concernant la composition des textes.

Parfois nous trouvions cela fastidieux mais il en restait toujours quelque chose qui semble aujourd’hui manquer à certains.

Les porteurs de messages que nous sommes doivent respecter le lecteur et lui permettre ainsi de mémoriser facilement… Surtout que nous allons de plus en plus vers une information ou une distraction immatérielle. On nous dit que les livres se vendent bien en ce moment, tant mieux ! Mais, justement, pour favoriser la lecture il faut être bon et ne pas forcément suivre une mode. Dans la commune de banlieue où j’habite le constat est simple : en dix-huit mois une librairie et deux boutiques de presse ont disparu, il n’y plus de commerce de papier imprimé faute d’acheteurs ! Alors, mesdames et messieurs les professionnels, nous comptons sur vous, car il faut attirer les gens pour qu’ils prennent du plaisir à lire autre chose que quelques phrases sur l’écran d’un ordinateur.

compositeur typographe, photocompositeur en 1961, ancien conseillé de l’enseignement technologique.